La nécessité d'être soi

J’ai ce souvenir très précis, je devais avoir environ quatre ans et quelque chose à l’intérieur de moi a dit : « Fais bien attention à toujours garder le contact avec qui tu es. » J’ai haussé les épaules : « Oui, bien sûr, d’ailleurs comment pourrais-je ne pas être qui je suis ? » et je n’y ai plus pensé. Je me suis réveillée trente ans plus tard avec cet amer constat : j’avais complètement perdu le contact avec qui j’étais…

Pourquoi ne sommes-nous pas nous ?

Nous avons d’abord cette possibilité de regarder cette question avec une insolente certitude : « Evidemment que je suis moi, comment pourrais-je ne pas l’être !? ». C’est l’attitude la plus répandue car il est rare de réfléchir à qui on est vraiment. Habituellement, on vit notre vie jour après jour, la tête dans le guidon, en évitant tant bien que mal les pierres du chemin, en essayant de retrouver l’équilibre lorsque l’une d’entre elles nous frappe de plein fouet, en essayant parfois même de regarder où se trouve la prochaine halte sur le chemin, les prochaines vacances, sans vraiment savoir où nous mène finalement notre chemin, si ce n’est vers notre fin, que l’on espère ni trop proche, ni trop douloureuse.

C’est l’attitude la plus commune car nous aimons ce qui est balisé (même mal balisé), ce qui est connu, même si c’est inconfortable. Nous préférons la gêne d’un quotidien inadapté au risque d’une remise en question, d’un changement, d’un inconnu que l’on imagine incertain et dangereux.

Mais si vous lisez cet article, c’est probablement que ce n’est pas votre attitude. Ou peut-être que l’inconfort du quotidien commence tellement à vous démanger que vous cherchez des réponses, des remèdes, des solutions à ce manque de sens, cette difficulté à se sentir pleinement réalisé, pleinement entier, pleinement nourri par votre routine.

Comme moi avez-vous peut-être encore le souvenir de ce moment où vous étiez totalement en lien avec vous-même, tout en commençant subrepticement à  vous en éloigner en le tenant pour acquis, en laissant le questionnement existentiel pour l’apprentissage des règles routinières, en mettant en place votre système de compréhension de « la vie » ?

Soyons bien clairs qu’avoir des règles sociétales n’est pas à bannir, à éradiquer. Avoir des règles nous est utile, voire indispensable pour bâtir une communauté. Soyons aussi conscients que nombre d’entre elles peuvent changer selon les époques, les pays, les contextes sociaux, etc.

Allons plus loin et prenons quelques exemples (que je choisis à dessein à la fois caricaturaux et réels, de différentes époques et de différents pays pour montrer leur variabilité).

Enfant, nous apprenons les règles de notre famille, de notre entourage, de notre société. Nous remarquons, intégrons et appliquons des principes fondamentaux, des piliers comportementaux :

Même si petit frère nous a pris notre jouet préféré, on n’a pas le droit de le taper. Maman cuisine pendant que papa lit le journal. Un homme ne doit pas pleurer ni montrer ses sentiments et sa vulnérabilité. Une femme doit chercher à se faire jolie. On ne pose pas les coudes sur la table. L’argent est une denrée rare. Si on est pauvre, c’est que les riches ont pris notre argent. Si on est pauvre, alors on est vertueux et authentique. Si on est riche, c’est qu’on a pris de l’argent aux autres, on est vil et perverti. La place de l’homme n’est pas dans la cuisine. La place de la femme n’est pas à la tête d’une multinationale ou d’un pays. Un enfant bien élevé est un enfant calme, sage, silencieux, qui dit « s’il vous plaît » et « merci » autant que possible. Une femme doit avoir l’autorisation de son père ou de son frère pour se marier. Il faut être bosseur pour être méritant.

Si je tombe, que je me fais mal et que je pleure, est-ce que je reçois de l’attention, de l’affection, de la douceur, des soins, ou des remarques comme « Mais comment as-tu fait ton compte ? Tu ne peux pas faire attention une fois de temps en temps ?! », « Ah tu ne vas pas recommencer à pleurer, y’en a marre. », « Là je n’ai vraiment pas le temps, va te chercher un désinfectant et un pansement. » ou « Ahahah, trop drôle comment tu t’es cassé la figure. » ?

Nous savons vite la façon de nous comporter qui nous attirera les sourires ou les foudres des personnes que nous aimons ou dont nous dépendons. Notre cerveau encore immature compare ce que nous désirons ardemment et réclamons à ce que nous recevons. Suivant ce que nous recevons, notre cerveau en tirera un ensemble d’enseignements, de règles, de blessures et de peurs aussi.

Quelles conséquences ?

Nous apprenons à présenter nos désirs sous des dehors convenables.

A quatre ans, ma fille est ainsi passée de « Maman, je veux que tu… » à « Maman chérie, j’aimerais que tu… ».

Nous apprenons aussi à masquer nos désirs, à cacher nos envies, nos jalousies, à calculer pour obtenir ce que nous voulons, à ne plus trop savoir pourquoi nous voulons ce que nous voulons. Nous échafaudons des plans, mettons en place des intrigues, pour obtenir l’attention amoureuse d’untel, pour obtenir l’augmentation convoitée, pour briller en société et déployer notre charme et notre charisme, etc.

Est-ce que nous le voulons parce que tout le monde le veut (l’argent, le pouvoir, les soirées cocktail où tout le monde est bien habillé et rit en buvant une flûte de champagne…) ? Est-ce que nous le voulons parce qu’on nous a fait miroiter que ça nous rendrait heureux (le voyage aux Bahamas même si on préfère la neige et le ski, le circuit automobile sur lequel on peut aller très vite pour revenir à l’endroit d’où l’on est parti, le magnifique T-shirt qui arbore une marque qui exploite les enfants à l’autre bout du monde, la petite robe qui moulera enfin nos fesses parfaitement, la boisson qui nous rendra sexy, plein d’énergie et entourés d’amis…) ?

N.B. Ces exemples, à dessein provocateurs, ne dénigrent pas une activité ou une autre, un choix ou un autre, mais servent à se poser la question « Pourquoi je fais ce que je fais, est-ce bien moi qui choisis ce avec quoi je remplis mon temps de vie ? »

Finalement, la seule conséquence – tragique – à ne pas être soi c’est de passer à côté de sa vie. C’est de passer sa vie à faire des choses que l’on n’aime pas vraiment, à avoir des résultats qui ne nous plaisent pas vraiment, à ne pas avoir vraiment les relations que l’on aimerait avec des gens qui nous plairaient. C’est de ne pas déployer nos talents, connus ou latents, pour ne pas déranger, pour ne pas risquer d’échouer, pour ne pas assumer notre réussite face à notre entourage. La conséquence c’est de vivre dans nos peurs plutôt que dans notre lumière, à choisir un quotidien morne plutôt qu’une vie de curiosités, d’aventures et de bonheurs.

Prenez quelques secondes pour faire cet exercice :

1) De quelle figure parentale étiez-vous le plus proche quand vous étiez petit ? Votre père ? Votre mère ? Une autre personne qui en tenait le rôle ? 2) Que fallait-il faire pour que cette personne vous montre de l’amour, de la reconnaissance ? 3) Est-ce que vous continuez à tenir ce comportement, à avoir cette attitude, face à d’autres personnes, d’autres situations quand vous souhaitez être aimé, reconnu ?

Qu’a-t-on à gagner à être nous ?

Notre rôle d’adulte est donc d’identifier ces règles que nous avons intégrées au moment où nous le devions pour notre survie et notre intégration dans notre groupe communautaire (notre famille, notre entourage, notre groupe social, notre pays, notre époque…), de prendre conscience que ces règles ne sont pas nous mais bien des codes qui peuvent être questionnés (et qui le sont régulièrement) et de réfléchir à ceux que nous voulons garder, modifier, rejeter.

A effectuant ce tri, ce démêlage, petit à petit, notre être intérieur se dévoile, prend confiance, grandit, s’assume.

Nous allons vers nos désirs, ce qui nous importe vraiment, en profondeur, nous nous déployons dans des activités qui nous portent et nous nourrissent, avec bonheur, facilité, efficacité. Nous nous permettons de rayonner, et en faisant cela, nous montrons aussi le chemin à nos enfants, notre famille, notre entourage pour faire de même. Nous allons vers des relations saines et authentiques. Nous façonnons une société responsable, alignée avec des valeurs clairement définies.

Je n’oserais pas dire que c’est évident à chaque instant, mais que risque-t-on à essayer ? Si nous jouions à la vie ? Comme des enfants… En essayant avec curiosité, entrain et rires. Voir comment nos actions, nos impulsions, nos états d’esprit changent l’énergie autour de nous, changent les opportunités qui se présentent à nous, nous apportent de nouveaux éclairages et de nouvelles zones d’ombres à explorer…

Comment devenir nous ?

Nous avons encore à l’intérieur de nous cette part originelle qui sait exactement qui nous sommes. Il ne s’agit pas de se changer pour devenir nous-même mais de contacter cette partie de nous enfouie au plus profond de nous, de la dépoussiérer, de la faire grandir et rayonner, en apportant au monde qui nous entoure et à nous-même ce potentiel unique à la lumière du jour.

Pour contacter notre unicité, notre part originelle, nous pouvons nous observer et voir à quel moment elle se manifeste. Je vous propose trois possibilités à explorer :

- Observez lorsque vous êtes ému aux larmes par une vidéo, un film, un témoignage : votre gorge se serre, les larmes vous montent aux yeux. Repérer quels sont les sujets qui vous touchent. Tout le monde ne réagit pas de la même façon à tous les sujets. Peu importe si votre conscient trouve ça bête ou disproportionné, ou s’il pense que tout le monde devrait se sentir hautement impliqué par cette thématique. Cette thématique vous touche, peut-être par votre histoire de vie, ou l’histoire de vos ancêtres, ou vos vies précédentes, ou d’autres choses encore. Peu importe. Saisissez l’opportunité de tirer le fil de cette thématique, de l’explorer et de petit à petit démêler la pelote de qui vous êtes vraiment.

- Observez lorsque vous réagissez de façon disproportionnelle à certaines situations. Oui, l’autre a poussé le bouchon un peu loin (ou pas…). Oui, il a ses torts et oui, vous avez vos raisons. Et une fois que vous vous êtes rassuré sur votre bon droit d’avoir réagi (même de façon disproportionné), éloignez-vous de votre ego et osez regardez en vous laquelle de vos blessures a été ravivée. Vous êtes vous senti rejeté, abandonné, trahi, honteux, injustement traité ? Est-ce un sentiment que vous avez souvent ? Dans quelles situations ? Saisissez l’opportunité de voir les récurrences de votre vie, et au-delà des différentes personnes qui vous poussent à bout, voir que c’est toujours quand ils poussent ce même bouchon que vous réagissez.

- Observez et cherchez à savoir ce que vous voulez vraiment et pourquoi, en vous posant plusieurs fois la question.

Par exemple : Je veux plus d’argent. Pourquoi ? Pour m’acheter une grande maison. Pourquoi ? Parce que la mienne est trop petite, trop encombrée. Pourquoi ? Parce que j’accumule plein de choses et que j’ai besoin d’espace. Pourquoi ? J’accumule des choses parce que j’ai du mal à me séparer de ce dont je n’ai plus besoin et j’ai besoin d’espace parce que sinon j’ai l’impression d’étouffer. Pourquoi ? J’ai du mal à me séparer des choses dont je n’ai plus besoin parce qu’elles me rappellent des bons souvenirs, des périodes de ma vie passée. Et j’ai besoin d’espace parce que je me sens étriqué dans ma vie. Pourquoi ? J’aime repenser à ma vie passée parce qu’il y a eu de bons moments et c’est agréable d’y replonger. Je me sens étriqué dans ma vie parce que j’ai le sentiment de ne pas avoir d’amis et de ne pas aimer mon métier. Qu’est-ce que je veux vraiment et de quoi j’ai besoin ? De passer de bons moments avec des amis, d’avoir des amis, d’avoir un métier que j’aime. (Et on peut continuer encore : Pourquoi est-ce que je veux avoir des amis, passer de bons moments avec des amis, avoir un métier que j’aime ? Etc.)

 

Je vous souhaite une belle exploration de toutes les facettes de votre être véritable, de votre potentiel unique et illimité, dans l’amour et la joie.


👉 Envie d’être porté(e) par des échanges stimulants et bienveillants et par des actions simples et parfaitement ciblées pour changer concrètement votre vie ?
✅ Rejoignez le groupe privé "Devenir Soi et Vivre sa Vraie Vie" initié par Chemins vers soi ! (Votre inscription sera validée lors de l'ouverture officielle du groupe.)
🌺 https://www.facebook.com/groups/DevenirSoi.et.VivreSaVraieVie/


Commentaires

@